Réconforté

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Nulle photographie, nul texte ne pourra jamais retranscrire la réalité d’une tapisserie.

Car la tapisserie se vit.

Il faut se laisser imprégner par sa douce chaleur (Les saisons), frissonner face à sa force et sa puissance d’expression (La naissance du Lansquenet). Être intrigué par son sujet : cosmogonie, guerre, voyage, bestiaire, vin, poésie… Couleurs explosives ou douceur d’un mille-fleurs.

La tapisserie de Jean Lurçat est un chant.

Être là.
Et l’écouter.

Exposition. Au seul bruit du soleil, Jean Lurçat. Galerie des Gobelins, 42 avenue des Gobelins, Paris 13e. Jusqu’au 18 septembre 2016.

Etat d’esprit : Réconforté
Action : Se promener sur les rives de la Creuse à Aubusson
Vérité : « L’instinct du décor est aussi fort chez l’homme, ou peu s’en faut, que le besoin de s’alimenter. » Jean Lurçat
Émotif anonyme : Marie Guériot-Flandrin
Association d’idée : le surréalisme

Familier

dans les bois

Se promener dans les bois avec Simone Nieweg, c’est côtoyer des allégories enchantées. L’Amour se dévoile dans un cliché pris dans la forêt de Garath. Deux arbres y sont si proches que l’on ne sait s’il s’agit d’un arbre dédoublé -Ève tirée d’Adam- ou de deux arbres accolés qui ont pris racine au même endroit. Leurs branches mêlées. Plus loin, un jeune sorbier au tronc soyeux semble avoir revêtu son habit de satin pour aller célébrer leurs noces.

Et devant une lisière au crépuscule se réveille en nous l’instinct primitif d’une forêt comme refuge effrayant où l’on s’enfonce pour fuir l‘ennemi, dans les légendes d’autrefois.

La puissance évocatrice de l’artiste nous ramène à un lieu signifiant.
Était-ce dans l’enfance, dans un rêve, au cours d’une randonnée solitaire ?

Nous avons été dans ces images, à un moment donné de notre vie.
Et cette expérience nous relie.

Exposition. Dans les bois, Simone Nieweg. Goethe-Institut Paris, 17 avenue d’Iéna, Paris 16e. Jusqu’au 1er septembre 2016.

État d’esprit : familier
Action : dormir dans une cabane dans les arbres
Vérité : « Si tu ne vas pas dans les bois, jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera. Va dans les bois, va. » Clarissa Pinkola Estés
Émotif anonyme : Wangari Maathai
Association d’idée : Giono, L’Homme qui plantait des arbres

Curieux

intérieurs de demoiselles

Que révèle de nous notre maison, notre appartement, notre chambre ?
Ces femmes dévoilent malgré elles une part d’elles-mêmes. A moins qu’elles ne se mettent en scène ? Sur la gazinière de celle-ci trônent de beaux objets. Pas très pratique pour faire la popote. A moins qu’elle ne cuisine pas et qu’elle se fasse livrer tous ses repas.
Ici, tout est rangé, tout est agencé, tout est beau. Elle a l’air de s’ennuyer.
Cet intérieur a une belle perspective et son occupante est sur le côté, en retrait. Les fils emmêlés au dessus d’elle seraient-ils une indication quant à son air triste ?
Projections personnelles. Mais il y a une impression de déjà-vu dans ces photos. Ces intérieurs parlent de nous.

Exposition. Intérieurs de Demoiselles, Adrien Moretti. Fondation suisse, 7 boulevard Jourdan, Paris 14e. Jusqu’au 29 février 2016.

État d’esprit : Curieux
Action : Prendre un livre, un thé, et profiter de son intérieur.
Vérité : « La vie sociale c’est l’envers ; l’endroit, c’est la vie intérieure. » J. Pommier
Émotif anonyme : Virginia Woolf
Association d’idée : Le sac, Jean-Claude Kaufmann

Attristé

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 La visite commence de manière légère et triviale, tout en évoquant avec une amie la forme d’une bottine (L’attente, Jean Béraud), une voilette mouchetée (Femme aux Champs-Elysées la nuit, Louis Anquetin) ou le détail brodé d’une robe rose pâle (La prune, Edouard Manet).

Puis au fur et à mesure de l’exposition, au détour d’une alcôve interdite aux moins de 18 ans où je n’aurai pas dû entrer -là où la joyeuse curiosité devient vulgaire voyeurisme- je perds de vue l’amie.
J’avance seule dans la foule qui se presse, qui m’oppresse.
Leurs visages m’entourent, laids et grossiers, tels les personnages de Toulouse-Lautrec (Femme tirant son bas, Ces dames au réfectoire), leurs rires impudiques ; et si moi aussi, en regardant ces images, je devenais complice de cette exploitation humaine ?
J’essaie de me raccrocher au détail d’un bijou, au raffinement d’une étoffe qui me souffle qu’une courtisane est mieux lotie qu’une prostituée. Luxe, raffinement, Art.

En vain.
Je me hâte, le cœur lourd.

Exposition. Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910, Musée d’Orsay jusqu’au 17 janvier 2016.

État d’esprit : Attristé
Action : S’engager auprès du Mouvement du Nid
Vérité : « On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme et il s’appelle prostitution. » Victor Hugo, Les Misérables, 1862
Émotif anonyme : Coco Chanel
Association d’idée : La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas